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Un artiste exceptionnel jusqu'au 2 mars Le 05 février 2016



Patrick Demelenne. Deux mots sur la biographie de cet homme discret et taciturne, qui respire l’humilité et  n’a rien d’un dilettante. Formé à l’école supérieure de Namur (en Belgique), il a travaillé avec meilleurs, Maurice Rosy du journal Spirou – le créateur de Boule et Bill, les frères Dardenne, réalisateurs qui cumulent les palmes d’or à Cannes. Rien de moins  . Des prix, il en a eu par pelletées, dès 5 ans il obtient le premier prix de dessin du concours national belge. Sa première exposition, il la réalise à l’âge de 19 ans – je vais dire la date en « langue belge » pour lui rendre hommage, en septante trois. Vous pourrez trouver sa biographie sur internet.

       Patrick Demelenne est le créateur d’un ART total, peinture des sens et de l’industriel, il témoigne du XXème siècle,  de ses plaies ouvrière ou fratricide.      L’ Histoire – pas avec un grand hache - mais avec sa grande hache comme disait Georges Perec. Du camp de Rivesaltes, Patrick Demelenne a identifié et utilisé des vestiges de la Retirada. La couleur rouge domine, celle de la révolution des Républicains, celle du sang versé pour des idées ou du sang des innocents, des enfants. Ce rouge nous raconte le drame qu’ont vécu nos frères espagnols. La plupart a aujourd’hui disparu, pourtant beaucoup de leurs enfants sont parmi nous et se souviennent, commémorent.        Je vous parlais d’un art total car il propose de « Voir » mais sollicite aussi les autre sens : le toucher,  l’ouïe, le goût et l’odeur : voir, entendre, écouter, goûter, sentir. L’art de Demelenne est unique, je vais essayer de vous donner une lecture de son parcours dans la sidérurgie, cette série qui narre la chute de l’usine d’Athus.        ENTENDRE : écoutez, approchez-vous, vous entendrez les vibrations et les coups du laminage, du forgeage, du moulage, de l’étirage.  Vous êtes dans les usines . Les machines outils assourdissent, les ouvriers, aux gestes précis, dégagent des métaux et le bal des frottements tantôt graves, tantôt stridents parcourt les murs de notre humble mairie.        TOUCHER : Vous pouvez toucher. Vous avez la permission de l’artiste. La sensation sera virile, rugueuse. La peinture semble du plâtre, les sculptures du métal incandescent. Seuls des numéros, polis, semés dans le désordre de ce monde industriel laissent à la main une apparente douceur. Une caresse feinte qui rappelle que ce monde fut celui des meules et des cadences infernales.        GOÛTER : Une œuvre d’art a-t-elle du goût ? Difficile à dire. L’impression en déglutissant de ressentir la perception âcre du métal est aisément concevable. En avalant votre salive, en touchant votre palais, vous retrouverez le goût glacial de l’acier froid.        SENTIR : les odeurs des œuvres sont polymorphes. Bien sûr, vous sentirez l’odeur caractéristique du fer chaud. Les scientifiques ont trouvé il y a peu que cette odeur naissait en fait du contact de la peau avec le métal, c’est celle de notre transpiration. On imagine aisément que dans ces matériaux, des vies d’hommes se sont inscrites, gravées. Les stries et les aspérités vous racontent la pénibilité de ce labeur. Demelenne colle des rondelles, des boulons, autant d’effluves d’étincelles qui racontent la dignité de ces hommes, de ces destins.        VOIR : cette dernière sensation est aussi la première et pourtant elle vous ment.  Le faux semblant, le trompe-l’œil côtoie la pièce authentique que P. Demelenne a glanée dans l’usine d’Athus. Marcel Duchamp (pour ceux qui ne connaîtrait pas cet artiste, il est le créateur du célèbre urinoir qui trône au beau milieu du musée d’art moderne Pompidou) , concepteur du Ready-made (un objet du quotidien, manufacturé selon lui était en lui-même un œuvre d’art dès lors que l’artiste s’en emparait), ne créait pas, il s’appropriait. C’est la démarche de Demelenne : prendre des objets quotidiens, banals, rouillés ou souillés et parvient à leur donner une dimension artistique et plus même, à rendre leur dignité à ces hommes et ces femmes qui travaillèrent durement ou prirent les chemins de l’exil.      Ces œuvres qui, vous l’aurez compris sont vivantes nous racontent leur histoire, nous les font vivre. Elles sont la vie, elles sont fraternelles.



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